Voici un long récapitulatif permettant de se familiariser avec le modèle sociétal
Sommaire
I) Qu’est-ce qui fait fondamentalement changer les sociétés ?
II) Qu’est-ce qu’une société optimale ?
Annexe 1 : Les Combats Créés par Mégarde (concept central)
Annexe 2 : Les fondations du bonheur
III) Comment migrer vers une société optimale ?
Annexe 3 : Les nations sont un concept Ă revoir
La dĂ©marche consiste Ă penser ce que serait une sociĂ©tĂ© optimale, d’imaginer ce que serait le monde dans le meilleur des cas. Et si nous ne vivons pas dans un tel monde, de comment y parvenir. Il s’agira ici de se concentrer uniquement sur les fondamentaux de sociĂ©tĂ©, ce qui ne dĂ©pend de rien dont on n’ait pas de pouvoir, et ce dont dĂ©pend tout autre phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©.
C’est un modèle qui Ă©tablit des gĂ©nĂ©ralitĂ©s dont dĂ©pendent des spĂ©cificitĂ©s qui restent Ă Ă©tablir, non un modèle absolu ayant rĂ©ponse Ă tout.
Analogie : il est inutile de tergiverser sur la construction des murs d’une maison, l’inclinaison du toit, la forme des fenĂŞtres, le nombre d’étages ou la peinture Ă utiliser si les fondations (ce dont dĂ©pend tout le reste) sont bancales ou fragiles. Vous dĂ©ploieriez une quantitĂ© d’efforts phĂ©nomĂ©nales pour un rĂ©sultat qui risquerait d’ĂŞtre inefficient, car des fondations bancales compromettraient la stabilitĂ© ou l’intĂ©gritĂ© de l’ensemble.
De mĂŞme, tergiverser sur quoi faire en sociĂ©tĂ© si l’on ignore ce qui constitue ses fondations, ce dont dĂ©pend chaque phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, cela ne produira qu’une pensĂ©e qui sera incomplètement efficiente pour faire face aux dĂ©fis de demain. C’est ce que nous reprochons Ă nombre de systèmes de pensĂ©e ou de personnes. Les fondamentaux ne sont que trop peu Ă©tudiĂ©s et considĂ©rĂ©s, autrement les dĂ©fis auxquels nous avons Ă faire face auraient Ă©tĂ© abordĂ©s autrement, cf. la partie « Les Combats Créés par MĂ©garde ».
Nous ne parlerons donc jamais des murs, fenêtres, étages ou peintures sociétales, juste des fondations, et chercherons à démontrer que des fondations sociétales bien établies peuvent et doivent se retrouver dans chaque action menée et vouée à avoir un impact sur la société, aussi précises soient-elles.
Et pour cela, la toute première question Ă se poser :Â
I) Qu’est-ce qui fait fondamentalement changer les sociétés ?
Définitions de base :
Une société peut être définie par ses caractéristiques. C’est ainsi que l’on va les étudier.
Une caractéristique correspond à tout ce qui permet de rendre compte de son fonctionnement : population, consommation énergétique moyenne par habitant, nombre de pas moyen, salaire médian, idéologies dominantes, type de culture…
Un phĂ©nomène de sociĂ©tĂ© peut avoir une ou des causes proximales, qui sont les causes survenant immĂ©diatement avant le phĂ©nomène, une ou des causes distales, qui surviennent en amont des causes proximales, et une ou des causes ultimes, qui sont les toutes dernières causes que l’on peut identifier.
Une société est un ensemble organisé d’êtres humains.
Et la SociĂ©tĂ© est l’ensemble organisĂ© d’ĂŞtres humains incluant toute l’humanitĂ©.
Comme nous allons composer avec de grands nombres, nous nous concentrerons sur ce que nous appelons vulgairement l’« humain moyen ». Ce sera une façon de considĂ©rer de grands ensembles en se concentrant sur ce que les humains ont de commun. S’atteler aux spĂ©cificitĂ©s de chaque humain, c’est quitter les fondamentaux de sociĂ©tĂ©, cela vient en second lieu. Ă€ savoir que penser la gĂ©nĂ©ralitĂ© Ă grande Ă©chelle n’empĂŞche absolument pas aux spĂ©cificitĂ©s de se manifester Ă une Ă©chelle plus rĂ©duite.
Le point de départ du raisonnement :
Les sociĂ©tĂ©s ont profondĂ©ment changĂ© dans leurs caractĂ©ristiques depuis l’émergence d’Homo sapiens. Qu’est-ce qui les fait changer ? Une somme incroyable de causes formant une chaĂ®ne et pouvant ĂŞtre regroupĂ©es en causes intra et extra-sociĂ©tales. Mais ce qui nous intĂ©resse, dans notre comprĂ©hension de ces changements, et de chaque phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, est de remonter le plus loin possible sur la chaĂ®ne de causalitĂ© et d’agir sur le ou les facteurs premiers. Alors remontons !
Au plus loin, et en Ă©tant dans le vrai, on pourrait dire que le Big Bang est responsable de tout changement sociĂ©tal. Mais remonter 14 milliards d’annĂ©es en arrière n’aide pas ; nous n’avons aucun pouvoir sur le fait que le Big Bang ait eu lieu. Ainsi, le raisonnement qui nous intĂ©resse est le suivant :
Sur la chaîne de causalité allant du Big Bang au phénomène sociétal étudié, remontons jusqu’au premier facteur sur lequel on puisse avoir un quelconque pouvoir. Assurons-nous qu’il soit optimisé, et alors nous pourrons nous occuper de la suite de la chaîne causale.
Et ce premier facteur, qui sera nĂ©cessairement un facteur intra-sociĂ©tal, pour n’importe quel phĂ©nomène Ă©tudiĂ© Ă n’importe quel point de l’histoire est : les pensĂ©es conscientes et inconscientes des personnes pouvant le plus façonner la sociĂ©tĂ©. Et Ă partir de maintenant, ces pensĂ©es seront appelĂ©es paradigmes. Il s’agit d’une phrase que l’on peut formuler, qui est dĂ©ductible du fonctionnement de la sociĂ©tĂ© Ă©tudiĂ©e, (c’est ainsi que l’on met en Ă©vidence les pensĂ©es inconscientes) qui est une vision du monde partagĂ©e par les personnes ayant le plus d’influence, et qui autorise ou non certaines actions. Pour chaque phĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, si vous cherchez sa cause première, en remontant par une chaĂ®ne de « pourquoi tel phĂ©nomène est arrivĂ© ? Et pourquoi telle cause de tel phĂ©nomène ? […] », vous tomberez sur un paradigme.
Ces paradigmes sont nés, à un moment, ou une succession de moments de l’histoire, de caractéristiques sociétales ou environnementales données. Parfois du Paléolithique, parfois après… Et ces paradigmes peuvent disparaître ou persister durant des siècles, ou des millénaires, même. Et d’eux émergent… tout. Les paradigmes sont le premier facteur, car si l’on souhaite remonter encore d’un cran sur la chaîne de causalité, on tomberait sur des facteurs intra et extra sociétaux, sur lesquels on ne peut avoir prise, car ils se sont déjà déroulés.
Ainsi, il n’y pas un ou plusieurs points fixes dans l’histoire qui seraient Ă l’origine de phĂ©nomènes Ă©tudiĂ©s, mais une multitude : le monde n’est qu’une projection sans cesse actualisĂ©e de nos esprits ; et depuis l’aube de l’humanitĂ©, il y a une dynamique sociĂ©tĂ©/environnement <-> humains qui se joue, oĂą les premiers façonnent les seconds par les stimuli qu’ils constituent, qui façonnent un peu diffĂ©remment les premiers, qui refaçonnent par de nouveaux stimuli les seconds, qui […], etc. La sociĂ©tĂ© se rejoue un petit peu Ă chaque action humaine ayant un impact sur celle-ci.
Certains paradigmes découlent simplement de biais cognitifs, fonctionnements du cerveau issu de milliers d’années d’évolution dans un environnement relativement fixe (le Pléistocène), plus nécessairement pertinents, mais toujours présents néanmoins.
Depuis 10 000 ans de sĂ©dentarisation, l’environnement sociĂ©tal des humains a grandement Ă©voluĂ©, il en a alors rĂ©sultĂ© un mismatch, une inadĂ©quation sociĂ©tĂ© <-> humains. Et durant leurs longs siècles d’existence, ces paradigmes ont gĂ©nĂ©rĂ© quantitĂ© de phĂ©nomènes contre lesquels nous avons luttĂ©.
Il est temps, par l’Ă©ducation et la sensibilisation, de dĂ©montrer leur implication dans quantitĂ© de phĂ©nomènes dĂ©plorables, et l’importance de les relĂ©guer au rang des pensĂ©es obsolètes de l’humanitĂ©. Quelques-uns d’entre eux :
« Plus, c’est mieux », « le dĂ©veloppement technique Ă tout niveau est une bonne chose », « la rĂ©ussite d’un projet d’envergure peut n’ĂŞtre la consĂ©quence des choix que d’un seul humain », et celui que nous allons brièvement dĂ©construire en fin de page : « Il n’y a pas de consĂ©quences lourdes Ă former des tailles de groupes qui vont de plus en plus au-delĂ du nombre de Dunbar ».
Pour changer dĂ©finitivement un paradigme, il faut amener de nouvelles caractĂ©ristiques bien prĂ©cises qui rendront celui-ci obsolète. Il ne suffit donc pas de laisser les caractĂ©ristiques Ă©voluer au grĂ© des paradigmes et de « juste » sensibiliser/informer, il faut façonner l’environnement. C’est cette raison qui fait que l’on se fourvoie si l’on pense pouvoir remettre en question certaines pensĂ©es coriaces dans un monde Ă 8, 9, 10 milliards d’individus. Le monde est bien trop vaste pour avoir un quelconque contrĂ´le sur l’information, et nous pouvons nous en rendre compte tous les jours.
Jusqu’ici, on sait ce qui fait fondamentalement changer les sociétés, et qu’il y a une correspondance société/environnement <-> humains. À environnement donné, « humains » donnés.
Le but est donc de bâtir un monde aux règles incitant fortement à la conservation de certains paradigmes judicieux. Maintenant : nous aimerions tout naturellement nous servir de ce levier pour migrer vers une société qui soit la meilleure possible. La seconde question peut alors être posée :
II) Qu’est-ce qu’une société optimale ?
Nous parlons ici d’êtres humains, mais soyons fondamentaux et dézoomons un peu :
Qu’est-ce qu’une sociĂ©tĂ© optimale d’êtres vivants sur Terre ? Quelles caractĂ©ristiques doit-elle intĂ©grer ? Allons Ă l’essentiel : la rĂ©ponse est qu’aucun ensemble de caractĂ©ristiques ne conviendrait pour toutes les espèces terrestres. La rĂ©ponse Ă cette question est : « Une telle sociĂ©tĂ© optimale a des caractĂ©ristiques qui rĂ©pondent Ă ce qui est fait pour l’espèce en question ». Ainsi :
« Une société optimale humaine a des caractéristiques qui répondent à ce qui est fait pour l’humain.»
Prenons un peu d’avance concernant « ce qui est fait pour l’humain » et qui sera développé peu après : ce qui est fait pour l’humain génère le moins de Combats Créés par Mégarde possibles. Enfin, pour nous aider à répondre à cette question, trois référentiels épistémiques, trois socles vont nous aider : un socle tripartie [biologie évolutionniste/histoire/expérience personnelle], les lois de la thermodynamique et la palette de choix.
La palette de choix est une mĂ©taphore qui dit que la sociĂ©tĂ© est comme une toile qui tend le pinceau pour se faire peindre et qu’aucun comportement n’arrive jamais qui puisse ĂŞtre dĂ©corrĂ©lĂ© d’un environnement donnĂ©. L’humain est peut-ĂŞtre libre de peindre ce qu’il veut mais il ne choisit ni le pinceau ni les couleurs disposĂ©s sur la palette et notre Ă©volution dans un environnement donnĂ© conditionne nĂ©cessairement notre existence.
Dans notre quête d’une société optimale, si nous devons chercher un ennemi final, visons la société, pas les humains dont les comportements découlent de cette dernière, et ne nous arrêtons pas aux seuls comportements humains : don’t hate the player, hate the game.
Avant de continuer, annexe cruciale :
Annexe 1 : Les Combats Créés par Mégarde
On peut lutter contre des phénomènes ; on le fait tous les jours. Si on lutte contre un phénomène, on mène un combat, qui peut tout à fait avoir toujours existé. (le besoin de se nourrir) Mais un combat peut aussi être né de l’évolution des sociétés et ne pas toujours avoir existé, dans ce cas, il est issu de facteurs intra ou extra-sociétaux. Si c’est un combat né de facteurs extra-sociétaux (destruction d’une maison par la chute d’un astéroïde), c’est un combat créé. Mais si ce combat est né de l’évolution des sociétés et est issu de facteurs intra-sociétaux (changement climatique), il est alors un Combat Créé par Mégarde (CCM), car provoqué par une suite d’actions causées par des d’ancêtres ayant porté des paradigmes bancals.
Un CCM est toujours un problème systĂ©mique, bien diffĂ©rent d’un problème analytique. Ce dernier type de problème n’est pas concernĂ© par la logique de rĂ©solution des CCM. Un problème analytique a une seule cause proximale identifiĂ©e.
Dans l’exemple, « il y a un trou dans le mur de BA13 » est un problème analytique. Pour sa rĂ©solution, nous n’avons pas besoin de nous intĂ©resser Ă sa cause directe, car celle-ci est passĂ©e (le coup de poing a Ă©tĂ© donnĂ©). Il suffit de reboucher le trou, ou de changer le panneau de BA13.
En revanche, un problème systĂ©mique a de multiples causes proximales, et l’on doit s’intĂ©resser Ă ces causes pour s’en dĂ©faire ; on pourrait dire qu’il est « causĂ© par le système », et sa rĂ©solution est diffĂ©rente. Sur ce schĂ©ma simpliste, la personne ayant frappĂ© le mur ne conscientise que les causes Ă©crites en noir et pense que c’est Ă cause du chat que le coup de poing a Ă©tĂ© donnĂ©, mais en rĂ©alitĂ©, d’autres causes entrent en ligne de compte.
« Donner un coup de poing dans le mur » ayant donc plusieurs causes proximales intra-sociétales, il est systémique et est donc concerné par la grille de résolution des CCM.
Cette parenthèse nécessaire ayant été abordée, nous pouvons continuer. On a vu ce qui faisait changer les sociétés : les paradigmes. Donc des pensées ayant mené in fine à un phénomène nouveau. Si on veut éradiquer un CCM, on ne s’occupe pas de seulement reconnaître et traiter les facteurs proximaux, on cherche les facteurs ultimes, fondamentaux, donc les paradigmes. C’est inutile de ne pas chercher à remonter au plus fondamental, notre action n’en sera qu’incomplètement efficace. Nous vous fournirons deux exemples quelques paragraphes plus bas, et de nouveaux CCM seront régulièrement ajoutés dans la section correspondante du menu du site.
Dernière précision importante : un paradigme crée souvent plusieurs phénomènes dans son sillon. (C’est pour cela que nombre de CCM que nous combattons auront pour origine les mêmes paradigmes et que les luttes doivent être réunies)
L’on peut régler un phénomène sans s’attaquer à sa cause profonde, cela peut se révéler très efficace ! Mais cela ne l’empêchera pas de réémerger par la suite.
L’image et le texte ci-dessous illustrent concrètement cela.
Le lien suivant résume ce dont il va être question ici : https://www.europarl.europa.eu/workingpapers/agri/s4-2-2_fr.htm
Aux alentours du XVIIème siècle, l’Europe traverse une crise forestière. La cause ultime de cette dĂ©forestation est un ensemble de paradigmes (croissance dĂ©bridĂ©e dans tous les domaines, compĂ©titivitĂ© entre nations…) mais pour traiter le problème, faute de modèle sociĂ©tal global, l’Europe s’est « contentĂ©e » de se reposer sur des techniques de gestion des forĂŞts et de profiter de l’introduction du charbon en tant que nouvelle source d’énergie pour rĂ©gler ce CCM. La crise forestière a pu ĂŞtre Ă©vitĂ©e, certes, mais les paradigmes mis en cause n’ayant pas Ă©tĂ© rĂ©visĂ©s, la dĂ©forestation a pu ressurgir ultĂ©rieurement au sein de la SociĂ©tĂ©, comme Ă notre Ă©poque oĂą des forĂŞts d’Asie du Sud-Est, d’Afrique ou d’AmĂ©rique du sud sont grandement menacĂ©es.
Cet exemple permet de faire la diffĂ©rence entre des luttes rĂ©ductionnistes, solutions qui ne s’attaquent pas aux causes ultimes d’un CCM, et se rĂ©vèleront donc toujours incomplètement efficaces, et les solutions curatives, qui s’attaquent aux causes ultimes, les paradigmes et sont donc pleinement efficaces.
Et enfin, le grand sujet : nous avons pu en venir à créer un changement climatique (CC) car nous sommes :
1) devenus capables d’émettre suffisamment de Gaz à Effet de Serre (GES) par personne, et
2) devenus suffisamment nombreux pour amener ces niveaux de GES à des niveaux que la biosphère ne peut compenser. La cause ultime de ces deux facteurs est le paradigme selon lequel « le développement technique à tout niveau est une bonne chose ». A t-il été remis en question ?
Non ; ainsi, mĂŞme dans l’hypothèse improbable oĂą l’on parviendrait Ă mitiger les effets du CC par une Ă©conomie dĂ©carbonĂ©e (qui ne s’intĂ©resse pas aux fondamentaux), celle-ci ne sera jamais pleinement efficace. Cela n’empĂŞchera pas un CC de revenir Ă l’avenir, d’une façon ou d’une autre. (Et les paradigmes non traitĂ©s continueront de produire des effets dans leur sillon.)
L’anticipation est clé, visons à créer le moins possible de CCM pour nos descendants, via une planification sociétale adéquate.
Et comment anticiper ? En s’appuyant sur les six paradigmes primordiaux prĂ©sentĂ©s dans la version longue et l’essai Demain Sera Merveilleux pour guider chaque dĂ©cision d’ampleur. Et la liste ci-dessous rĂ©gulièrement actualisĂ©e, lorsqu’elle sera mise en ligne, servira d’illustrationÂ
Annexe 2 : Les fondations du bonheur
Les fondations du bien-ĂŞtre, ou fondations du bonheur, qui ici est un synonyme, rĂ©sident en ce que nous appelons l’adĂ©quation ĂŞtre-environnement. C’est-Ă -dire que pour un ĂŞtre donnĂ©e, il y a un ensemble d’environnement, donc de sociĂ©tĂ©s optimales, qui existent. Respecter cette adĂ©quation est se trouver au mieux dans une « fenĂŞtre d’Ă©quilibre », c’est-Ă -dire dans un ensemble de caractĂ©ristiques avec un seuil plancher et un seuil plafond entre lesquels l’humain peut s’épanouir du mieux possible. Ainsi, si l’on veut Ă©tudier le « gain » ou la « perte » de bonheur qui rĂ©sultera d’une prise de dĂ©cision, il faudra s’en rĂ©fĂ©rer aux caractĂ©ristiques sociĂ©tales entrant en ligne de compte, et dĂ©terminer si l’on se trouve dans cette fenĂŞtre.
Une fois dans cette fenĂŞtre, chercher Ă proposer des caractĂ©ristiques accrues ou diminuĂ©es n’est plus nĂ©cessaire et peut mĂŞme ĂŞtre contre-productif : l’humain est dĂ©jĂ dans une fenĂŞtre d’Ă©quilibre. Proposer plus est Ă risque de crĂ©er un excès ; proposer moins est Ă risque de crĂ©er un manque, les deux cas pouvant mener Ă des CCM.Â
De façon générale, se rapprocher d’une société optimale, ou l’atteindre, c’est offrir à l’humain, en moyenne, les meilleures chances de trouver le bonheur et c’est supprimer des CCM. S’en éloigner, c’est constituer un obstacle au bonheur, et créer des CCM.
Les humains peuvent ĂŞtre heureux Ă n’importe quelle Ă©poque, mais ne disposent pas toujours des meilleurs outils dès le dĂ©part pour y accĂ©der. Le but est de donner sociĂ©talement sa chance au plus grand nombre, via une combinaison astucieuse de caractĂ©ristiques sociĂ©tales offrant relations sociales Ă©panouies, nutrition adĂ©quate, espaces verts, connaissance de soi…
Et il ne s’agit que de fondations, car par la suite, et peu importe que l’environnement soit un enfer sur terre ou un espace de vie apprĂ©ciable, l’humain dispose de la capacitĂ© de travailler sur soi pour tirer le mieux de son environnement. Une sociĂ©tĂ© non-optimale ne rend pas impossible la quĂŞte du bonheur, elle la complique.
Des valeurs sont données ici à titre indicatif :
Ces fondations sont cruciales car elles entrent en contradiction directe avec, par exemple, la vision très mĂ©canique et linĂ©aire du bonheur telle qu’envisagĂ©e par notre Ă©conomie nĂ©o-classique, et mĂŞme par certains principes Ă©thiques. Plus de revenus ou plus de possessions, plus de libertĂ© ou plus de concurrence serait mieux et participerait presque automatiquement Ă l’augmentation du bien-ĂŞtre personnel ou collectif.
De façon gĂ©nĂ©rale, « plus = mieux ». C’est un paradigme qu’il faut remettre en cause car tout est question d’Ă©quilibre.
Un exemple évident vient avec la nutrition : il existe un équilibre calorique entre une valeur minimale en-dessous de laquelle le corps serait en manque et au-dessus de laquelle il serait en excédent calorique, avec les conséquences que cela implique.
Mais de nombreux autres exemples, parfois plus difficilement chiffrables, peuvent être déduits de cette approche du bien-être humain, et peuvent permettre de soutenir la viabilité de mesures économiques, surtout à une époque où la sobriété devient de plus en plus nécessaire :
Par exemple, si une loi contraignait les fabricants de smartphones Ă ne renouveler leurs modèles que tous les 2 ou 3 ans, les consĂ©quences Ă©cologiques liĂ©es Ă l’Ă©conomie de GES Ă©mis ou de dĂ©chets produits seraient apprĂ©ciables. Et l’atteinte aux fondations du bien-ĂŞtre ? Nulle, car ne pouvoir renouveler son smartphone que tous les 1, 2 ou 3 ans nous maintient dans cette fenĂŞtre d’Ă©quilibre, et nulle justification d’augmentation ou de diminution de bien-ĂŞtre rĂ©el ne peut soutenir la pertinence d’un renouvellement de smartphones tous les ans au lieu de 2 ou 3 et vice-versa.
Ce serait supprimer l’approvisionnement en smartphones qui pourrait nous faire passer en-deça de cette fenĂŞtre, car nos moyens se retrouveraient insuffisants pour communiquer au sein de vaste monde.
Une loi mondiale qui interdirait Ă tout citoyen de quitter son pays pour des raisons touristiques serait vĂ©cue comme un choc, bien sĂ»r, mais les fondations du bien-ĂŞtre ne seraient pas Ă©branlĂ©es : le voyage Ă l’Ă©tranger n’entre pas dans la catĂ©gorie des loisirs nĂ©cessaires aux humains. Les citoyens français redĂ©couvriraient leur pays et se rendraient compte qu’il n’y a nul besoin de le quitter pour assouvir leurs besoins d’escapades.
La psychologie et disciplines affiliĂ©es sont les domaines d’oĂą est empruntĂ©e le terme de fenĂŞtre de tolĂ©rance. En psychologie, quand une personne se trouve dans un Ă©quilibre entre système nerveux sympathique (excitateur) et parasympathique (inhibiteur), son système nerveux se trouve apaisĂ© dans cette fameuse fenĂŞtre. En cas d’hyperactivation, par une variĂ©tĂ© de stimuli possibles, la personne sort de sa fenĂŞtre par le haut ; en cas d’hypoactivation, elle en sort pas le bas. La vie est une question d’Ă©quilibre en tout, et vous ne trouverez aucun marqueur chimique Ă maximiser, qui permettrait d’atteindre le bonheur.
Après ces annexes nĂ©cessaires, il est temps de retourner Ă nos trois questions essentielles, et de se tourner vers la dernière, qui ne fera encore une fois que donner les fondations d’une migration vers une sociĂ©tĂ© optimale.
III) Comment migrer vers une société optimale ?
Pour migrer vers une société optimale, il faut avoir en tête une somme de paradigmes qui, s’ils sont judicieux, nous ramènent un peu plus vers l’optimum. S’ils ne le sont pas, ils nous en éloigneront.
Nous en avons choisi six, répartis en deux groupes, et pour faciliter leur application, nous allons donc réunir chaque population étudiée en un « humain moyen ». Le nombre d’humains en société lisse les différences. Nous rappelons que fondamentalement, tout s’applique à cet humain moyen, puis lorsque l’on quitte le fondamental pour aller vers le plus spécifique, alors chaque action s’applique spécifiquement à chaque humain ou groupe étudié. Ainsi nous sommes en plein dans la nécessité de grandes règles pensées afin de cadrer l’évolution de la société.
Ces paradigmes sont normalement nĂ©cessaires, suffisants et fondamentaux, c’est-Ă -dire qu’on ne peut en enlever aucun, sans quoi il devient possible de crĂ©er une sociĂ©tĂ© non-optimale en appliquant les restants ; il n’y a pas besoin d’en rajouter ; et ils ne dĂ©pendent d’aucun autre paradigme. Ă€ noter que certains paradigmes ont parfois des effets croisĂ©s avec d’autres, ce qui n’est pas un problème.
Le but Ă©tant de proposer en moyenne Ă chaque humain une maximisation de son adĂ©quation ĂŞtre-environnement, afin que la qualitĂ© de l’ensemble des interactions humaines au sein de la sociĂ©tĂ© soit maximisĂ©e.
I) Une sociĂ©tĂ© optimale propose un optimum physiologique avant, pendant et après la croissance : Car ce qui est fait pour l’humain doit ĂŞtre fait pour chaque Ă©tape de la vie, depuis les premières secondes de l’embryon jusqu’aux dernières de l’adulte prĂŞt Ă mettre fin Ă cette aventure.
1) Une société devrait proposer à l’humain une nutrition optimale : Ce paradigme fait sens ; des carences pouvant entraîner des conséquences aussi bénignes que des fatigues passagères ou aussi graves que des retards développementaux, chercher la nutrition optimale est un objectif clair.
Si l’on est un État qui applique ce paradigme, l’on s’assure de respecter ce qui est fait en moyenne pour la population au niveau nutritionnel. Si l’on est un parent appliquant ce paradigme, l’on se servira de la diversitĂ© offerte au niveau national pour s’adapter Ă ce qui est fait prĂ©cisĂ©ment pour notre enfant : vĂ©gĂ©tarien, sans porc, sans gluten… La gĂ©nĂ©ralitĂ© au niveau fondamental ne contredit pas la diversitĂ© au niveau spĂ©cifique.
2) Une sociĂ©tĂ© devrait proposer Ă l’humain une activitĂ© physique optimale : LĂ encore, cela fait sens ; le manque d’activitĂ© physique pouvant ĂŞtre facteurs de risques pour de nombreuses pathologies, il convient de façonner la sociĂ©tĂ© dans son ensemble afin que chaque humain trouve un intĂ©rĂŞt Ă avoir une vie active en lieu et place d’un quotidien sĂ©dentaire. Si l’on est l’OMS, on met en place un plan gĂ©nĂ©ral qui est fait pour l’ensemble de la population de la SociĂ©tĂ© ; si l’on est un professeur d’EPS, l’on respecte ce qui est fait pour notre groupe d’Ă©lèves.
3) Une sociĂ©tĂ© devrait proposer Ă l’humain un environnement psycho-social optimal : Ce paradigme est très long Ă dĂ©tailler mais disons que quantitĂ© d’avancĂ©es dans le champ de la psychologie n’ont pas encore le retentissement qu’elles mĂ©ritent, et que quantitĂ© de particularitĂ©s culturelles ou de discours dominants feraient mieux d’ĂŞtre relĂ©guĂ©s au placard, en vertu du fait qu’ils sont gĂ©nĂ©rateurs de CCM. Si l’on est un État, l’on s’assure de maximiser la mise Ă disposition d’aides Ă l’accès aux thĂ©rapies ciblant les psychotraumas. Car ces psychotraumas sont souvent des causes ultimes gĂ©nĂ©ratrices de CCM, perturbatrices de la fenĂŞtre de tolĂ©rance, du comportement et donc de la vie de tous les humains ; et les thĂ©rapies les ciblant sont onĂ©reuses. Si l’on est un psychothĂ©rapeute en sĂ©ance et que l’on diagnostique un psychotrauma, l’on s’assure de rĂ©aliser ce qui est fait spĂ©cifiquement pour que ce patient soit traitĂ© au mieux de ses CCM. La gĂ©nĂ©ralitĂ© au niveau fondamental ne contredit pas la diversitĂ© au niveau spĂ©cifique.
Avec ce seul groupe de paradigmes, il serait tout Ă fait possible d’envisager une sociĂ©tĂ© dictatoriale fournissant heures de running, de complĂ©ments alimentaires Ă ses citoyens tout en bricolant une politique interprĂ©tative de ce que serait la santĂ© psycho-sociale, au sein d’un monde Ă 12 milliards d’individus. Il manque quelque chose au tableau.
II) Une sociĂ©tĂ© optimale propose un monde Ă la portĂ©e d’Homo sapiens : Une des clĂ©s lorsque l’on pense une sociĂ©tĂ© est de se baser sur la capacitĂ© de l’humain Ă apprĂ©hender son environnement. Il peut exister des mondes trop vastes, et nous dĂ©fendons l’idĂ©e que notre sociĂ©tĂ© actuelle en est un exemple.
4) Un monde Ă notre portĂ©e propose une quantitĂ© de tâches optimale : Si le monde ne peut physiquement fonctionner avec les capacitĂ©s physiques et mentales de l’humain, alors il y a Ă©videmment un problème. Et lorsque nous menons un gigantesque CCM en le phĂ©nomène d’un monde trop grand, des solutions non curatives comme la promesse d’une IA qui viendrait nous soulager de notre fardeau (nĂ© de l’Ă©volution des sociĂ©tĂ©s, donc) ne peut ĂŞtre qu’un risque supplĂ©mentaire causĂ© par une très mauvaise planification sociĂ©tale.
Si un État constate un surmenage d’une partie grandissante de la population (statistiques de burnout), il est de son devoir de faire ce qui est fait en moyenne pour sa population afin d’amĂ©liorer la situation. Ă€ l’Ă©chelle d’une entreprise, des mesures doivent ĂŞtre appliquĂ©es en fonction de ce qui est fait pour la spĂ©cificitĂ© des employĂ©s.
5) Un monde Ă notre portĂ©e est accessible au mieux par nos appendices biologiques : C’est-Ă -dire que toute activitĂ© rĂ©alisĂ©e par un humain doit ĂŞtre considĂ©rĂ©e dans son ensemble. Il vaut mieux un coureur de fond en extĂ©rieur qu’un coureur en salle sur un tapis de course, oĂą son empreinte carbone sera plus importante. Il vaut mieux un monde requĂ©rant dix mille pas par jour qu’un monde requĂ©rant de prendre sa voiture pour vingt kilomètres quotidiens ; les effets de ce paradigme sont parfois croisĂ©s avec le 2), mais va au-delĂ en cela qu’il rappelle qu’une activitĂ© physique optimale, ce n’est pas une heure quotidienne de sport dans un mode de vie sĂ©dentaire, c’est un quotidien proposant de lui-mĂŞme une activitĂ© physique optimale par l’utilisation de notre corps qui est requise.
Ainsi, le développement technique ressort clairement comme un outil à valoriser, mais dans les limites de ce paradigme. Autrement, nous en pâtirons.
Les mesures Ă rĂ©aliser pour que la technique soit un peu moins prĂ©sente au sein de la SociĂ©tĂ© sont extrĂŞmement nombreuses et passent principalement mais pas exclusivement par une planification urbaine de qualitĂ© et une rĂ©vision de l’Ă©conomie. Cela passe par un dĂ©veloppement des rĂ©seaux ferroviaires inter et intra-urbains, une recentralisation des hameaux et villages peu habitĂ©s vers des communes ou villes pour diminuer la nĂ©cessitĂ© de transports, une diminution de la quantitĂ© de surface bĂ©tonnĂ©e annuelle pour redonner la part belle aux espaces verts (pour « former » des coureurs en plein air plutĂ´t qu’en salle), faire revivre les leçons de choses Ă l’Ă©cole primaire pour que les Ă©lèves apprennent l’anatomie ou certaines compĂ©tences pratiques ; intensifier l’apprentissage en philosophie, pour faire de futurs adultes plus Ă mĂŞme de prendre des dĂ©cisions qui privilĂ©gieront l’autonomie Ă l’usage technique, etc.
Ă€ un niveau plus personnel de parent : se refuser Ă acheter une tablette tactile pour enfants, c’est ne pas compromettre le dĂ©veloppement psycho-moteur de l’enfant en agissant Ă la fois au mieux sur l’utilisation qu’il fait de ses appendices biologiques (favoriser la motricitĂ© globale au lieu de la motricitĂ© fine Ă un âge trop prĂ©coce) et en proposant un environnement psycho-social optimal, par exemple.
6) Un monde Ă notre portĂ©e nous fait prendre conscience au mieux des consĂ©quences de nos actes : Prendre conscience d’un phĂ©nomène, c’est capter par le plus possible de canaux sensoriels la rĂ©alitĂ© dudit phĂ©nomène. Et le fait est qu’au vu des caractĂ©ristiques de notre monde, nous sommes de facto rĂ©duits Ă une prise de conscience fractionnĂ©e des problèmes, environnementaux par exemple, ce qui altère notre prise de dĂ©cision. Pour rĂ©sumer : si nous pouvions ĂŞtre informĂ©s le plus possible de tout ce qui a cours dans notre sociĂ©tĂ©, si tout nous parvenait rĂ©ellement Ă chaque action ayant un impact sur le monde, celle-ci s’effondrerait probablement. Son bon fonctionnement repose sur l’opacification d’une bonne partie de ce mĂŞme fonctionnement.
Si l’on combine les paradigmes 4 et 6, il en ressort que si nous ne faisons pas ce qu’il est en notre pouvoir de faire, pour notre bien-ĂŞtre ou celui de la sociĂ©tĂ©, c’est que fondamentalement nous n’avons pas soit pas le temps ou l’Ă©nergie, soit pas la connaissance des solutions. Si nous disposions de ces trois composantes, la sociĂ©tĂ© cesserait de fonctionner telle qu’elle le fait.
Aussi dans une optique similaire Ă celle du 5), mais dans le but de rendre l’environnement plus apprĂ©hendable, il faut prendre des dĂ©cisions qui « rĂ©duisent la taille de la sociĂ©tĂ© française », simplifient les dĂ©marches et visent la transparence. Les comptes de l’État accessibles au public, par exemple ; ne pas complexifier des choix d’achats alimentaire, en favorisant l’achat de circuit court et en refusant tout produit Ă la composition douteuse, pour faciliter un choix Ă©clairĂ© dans les rayons. (bannir les faux miels de Chine, par exemple)
Ce dernier groupe de paradigmes, ses implications et ses remèdes sont bien plus dĂ©taillĂ©s dans l’essai. Une idĂ©e ressort nĂ©anmoins : il semble compliquĂ© de rĂ©ellement donner une taille « humaine » au monde, tant les Ă©changes et interrelations sont fortes entre les diffĂ©rents États du monde ; il semble difficile d’agir de façon dĂ©finitive Ă la seule Ă©chelle d’un pays. C’est pour cela qu’un paradigme majeur de l’histoire doit ĂŞtre remis en question. Il sera prĂ©sentĂ© après la parenthèse qui suit.
Parenthèse éthique normative
Ainsi, pensez Ă une action : toute action dans n’importe quel domaine, Ă n’importe quelle Ă©chelle qui respecterait un ou plusieurs de ces paradigmes aurait un impact positif sur le monde, dans le sens oĂą elle contribuerait Ă rĂ©duire le nombre de CCM, ou elle renforcerait les fondations du bien-ĂŞtre humain moyen. Voici ce que nous avançons, pour rĂ©sumer.
De ce que nous avons vu, il en découle alors des implications morales suivantes :
Une bonne action est destructrice nette de CCM dans l’immédiat ou empêche la survenue de CCM.
Une action neutre est non destructrice ou génératrice de CCM dans l’immédiat.
Et une mauvaise action est génératrice nette de CCM dans l’immédiat.
Pour les amateurs de philosophie, c’est donc un nouveau principe Ă©thique consĂ©quentialiste qui vient s’ajouter Ă la liste de ceux dĂ©jĂ existants.
(Plus de détails dans la section concernée du menu du site, ici)
Ce qui, après tant d’explications, nous donne ce petit schĂ©ma rĂ©capitulatif :
Ă€ noter que tout le modèle sociĂ©tal proposĂ© est dynamique car il s’adapte automatiquement Ă la biologie humaine moyenne au moment de l’étude. Donc en 2025, en 10 000, ou 80 000 ap J.C., il sera toujours valide puisque ce sera toujours les mĂŞmes mĂ©canismes fondamentaux qui poseront problème : les CCM. Ce raisonnement est donc intemporel, est adaptĂ© Ă une logique de penser les sociĂ©tĂ©s de façon la moins conditionnĂ©e possible et la plus possible inscrite dans les enseignements de la thĂ©orie de l’Ă©volution. (C’est pour cela que la biologie Ă©volutionniste est un des rĂ©fĂ©rentiels choisis)
De plus, comme il est le plus fondamental possible, nous postulons qu’il constitue la boussole la plus fiable qui soit, bien que gĂ©nĂ©raliste, et constitue un cadre pour l’établissement de mesures de plus en plus spĂ©cifiques Ă mesure que l’on va vers du spĂ©cifique, du concret, Ă laquelle peuvent donc se greffer toutes les pensĂ©es d’intellectuels au plus proche du dĂ©tail et de l’actualitĂ©. (ce qui n’est plus de notre ressort)
Et si vous souhaitez contribuer à ce modèle, ou débattre de cela, les liens vers les espaces de débat sont donnés dans la section « Liens ».
De plus, voici une hypothèse toute personnelle : respecter ce qui est fait pour l’humain, chercher donc la diminution d’un maximum de CCM, pourrait proposer les meilleures possibilitĂ©s d’évolution de l’espèce sur le long terme via les mĂ©canismes de l’épigĂ©nĂ©tique. Peut-ĂŞtre diminuer la prĂ©valence des maladies gĂ©nĂ©tiques ou modifier « positivement » la physiologie humaine au fil des gĂ©nĂ©rations (rĂ©sistance aux mĂ©canismes de sĂ©nescence, allongement des tĂ©lomères ?) en lieu et place d’une augmentation de ces prĂ©valences ou d’une modification nĂ©gative. (perte de fonctions anatomiques, multiplication de gènes prĂ©disposant Ă des pathologies, appauvrissement de la richesse de la connectique cĂ©rĂ©brale ?)
Et enfin, comme l’humain sera amenĂ© Ă Ă©voluer, ayons des sociĂ©tĂ©s flexibles permettant de profondes modifications en fonction des besoins, et non hyper-spĂ©cialisĂ©es telles que nous l’observons dans notre système agricole, par exemple.
Pour conclure, voici un court texte qui tentera d'illustrer en quoi le concept historique de nations est mal pensé.
Pour ĂŞtre plus prĂ©cis, il s’agit d’attaquer la crĂ©dibilitĂ© que l’on accorde aux tailles de groupe qui ont dĂ©passĂ© le nombre de Dunbar, comme nous le disons en dĂ©but de page. Nous allons pour cela faire appel Ă la notion de plus haut ensemble organisĂ©, qui correspond en rĂ©alitĂ© Ă une sociĂ©tĂ© ne pouvant ĂŞtre inclus dans un ensemble plus grand. Un tel ensemble est gĂ©nĂ©ralement une nation, mais l’on peut citer l’Union EuropĂ©enne comme exemple de plus haut ensemble organisĂ©, si toutefois les europĂ©ens se sentaient europĂ©ens avant de se sentir français, hongrois, irlandais…
En 1992, Robin Dunbar a Ă©tabli une corrĂ©lation entre la taille du nĂ©ocortex de certains primates pour dĂ©duire que les humains ne pourraient maintenir sans intermĂ©diaire technique de groupe de plus de 150 individus aux relations stables. Des tests statistiques plus forts ont Ă©tĂ© menĂ©s sur sa mĂ©thode du nĂ©ocortex et ont donnĂ© un nombre entre 2 et 520. Autant dire que le nombre devient plus flou et n’est plus exploitable. D’autres nombres similaires existent et donnent une valeur diffĂ©rente, mais finalement que ce soit 50, 100 ou 400, il y a un nombre maximal de personnes avec qui l’on peut former des liens sociaux de qualitĂ©, tout simplement parce que le temps viendrait Ă manquer si l’on voulait augmenter cette limite et dĂ©dier plus de temps au maintien des nouvelles relations sociales du groupe. En revanche, le cerveau humain est remarquable dans le sens oĂą il permet d’augmenter largement la taille de groupes auxquels on peut s’identifier. Il permet de se reposer sur des concepts pour s’éviter d’avoir Ă entretenir des liens avec 1000, 5000 et plus de personnes. Le cerveau permet de se sentir comme faisant partie d’un groupe conceptuel de 65 millions d’individus, si l’on prend la France. Et la conceptualitĂ© intervient nĂ©cessairement avec la taille d’individus grandissante car on ne peut physiquement connaĂ®tre tout le monde ; il nous faut des reprĂ©sentations, des leaders, des figures historiques, des romans nationaux, bref des idĂ©es autours desquelles maintenir de tels groupes.
Le problème avec le fait d’adopter ces tailles « non naturelles » d’individus, c’est que cela vient avec son lot de phénomènes auxquels nous sommes forcés d’adhérer. Nous sommes un peu contraints d’employer des phrases illogiques du genre « Pékin envoie un message fort à Washington » ou « Taïwan demande l’aide des Etats-Unis », alors que l’on sait très bien que les villes ne parlent pas, où qu’un pays n’a pas de conscience propre. Si les humains avaient une biologie différente et pouvaient tous communiquer instantanément par télépathie, alors oui, une ville qui envoie un message sort à une autre, ce serait tout simplement la synthèse de pensées factuellement partagées par une somme d’individus, et un pays de 65 millions d’habitants serait une entité « logique » ; ce serait être « fait pour ça » que de se proclamer membre d’un pays aussi nombreux au vu du fonctionnement biologique. Mais notre biologie est différente et il y a donc mismatch.
Les phénomènes qui peuvent malheureusement naitre de tailles de groupes si grandes, c’est un Staline ou un Mao qui envoient une grosse partie de leur population finir sa vie dans les goulags ou en sacrifice pour le Grand bond en avant. Les pays sont des entités immatérielles qui sont nécessairement plus que la somme de leurs habitants, plus que leur gouvernement et plus que leur histoire, leurs frontières, leur monnaie ou leur musique.
On cherche indĂ©finiment Ă rassembler les citoyens d’une façon qui soit administrative, historique, culturelle, linguistique et tant d’autres choses, autour d’identitĂ©s suprĂŞmes que l’on souhaite ancrer dans le cĹ“ur des habitants. (français, anglais, russe, soudanais, mexicain…) Et l’on use de procĂ©dĂ©s rhĂ©toriques lorsque vient le moment d’unir le pays face Ă une menace donnĂ©e, qu’elle provienne d’un pays Ă©tranger ou non. Et l’on considère par une suite d’arguments qui se dĂ©fendent, mais qui sont imparfaits, qu’une portion de la population qui vote et donne pĂ©niblement une majoritĂ© au second tour des prĂ©sidentielles confère une lĂ©gitimitĂ© au prĂ©sident Ă©lu de reprĂ©senter l’ensemble des français. Les pays sont des entitĂ©s conceptuelles pour lesquels on cherche en vain Ă trouver la rĂ©ponse quand il s’agit de se poser la question de « qu’est-ce qu’être français/anglais/espagnol/amĂ©ricain ? etc. ».
On peut trouver une réponse, convaincante, qui fait tourner le système et fait que l’on se retrouve avec environ 200 pays qui sont en compétition économiquement ou militairement, à coups des mêmes approximations logiques que celle de prêter des intentions à des villes. Ça ne reste qu’une solution qui peut marcher relativement efficacement mais qui ne vaudra jamais une société optimale bien organisée autour de la seule véritable identité autour de laquelle il soit cohérent de se rassembler : celle qui dit que l’on est humains.
Dans une sociĂ©tĂ© comme la nĂ´tre, c’est bien naĂŻf de penser ainsi, parce que cela n’avance Ă rien, mais l’on devrait trouver un système qui autorise cela, qui cesse de chercher Ă rassembler les citoyens d’un pays autour d’une unitĂ© absolue qui ne soit qu’un sous-genre de l’identitĂ© humaine. Pourquoi se contenter de regrouper nos plus hauts ensembles organisĂ©s dans des sous-identitĂ©s, subjectives de surcroit, au lieu d’identitĂ©s factuelles les englobant toutes ?
Nous devrions raisonnablement n’avoir qu’un seul plus haut ensemble organisĂ©, dont l’unitĂ© absolue des citoyens s’axe autour du fait d’être humain. Ensuite, nous pouvons diviser en zones gĂ©ographiques oĂą chaque habitant serait uni aux autres d’un point de vue administratif, fiscal, sportif, etc., oĂą ces zones auraient leur autonomie monĂ©taire et leurs lois, comme un pays, mais tout cela regroupĂ© autour d’une bannière commune, ce qui casserait ou en tout cas limiterait grandement les arguments, raccourcis et stratĂ©gies sus-mentionnĂ©es fallacieusement mis en place pour maintenir la cohĂ©sion des citoyens face Ă des voisins Ă l’identitĂ© suprĂŞme diffĂ©rente. Tout ceci afin d’au moins s’Ă©pargner les CCM qui peuvent dĂ©couler de nations telles que nous les pensons actuellement. (Et dont la menace du dĂ©veloppement de l’IA est la meilleure reprĂ©sentatrice. pourquoi, fondamentalement, l’IA pose problème ? Tout simplement car il y a 200 pays aux identitĂ©s suprĂŞmes propres qui entrent en compĂ©tition non nĂ©gociable pour la domination Ă©conomique par cet outil technique.) Cela ne rend pas le panorama parfait, mais cela nous dĂ©barrasse au moins de quelques Ă©cueils.
Cette pensĂ©e inconsciente majoritairement partagĂ©e nous contraint, citoyens du monde, Ă faire de notre mieux, mais pour un rĂ©sultat qui ne sera jamais optimal, et qui risque mĂŞme d’ĂŞtre cataclysmique, si l’on continue avec pareil système Ă©conomique et pareil fonctionnement gĂ©nĂ©ral. Nous l’acceptons car nous ne questionnons pas forcĂ©ment la pertinence du concept de nation tel qu’actuellement adoptĂ© et n’avons pas de modèle donnant du poids Ă la possibilitĂ© de rassembler les pays.
La technique nous pousse de plus en plus Ă nous rapprocher avec les traductions instantanĂ©es, les rĂ©fĂ©rences culturelles de plus en plus communes ou avec notre façon de plus en plus similaire de nous vĂŞtir, de nous comporter, etc. L’évolution actuelle des sociĂ©tĂ©s pousse au mĂ©tissage et in fine Ă l’Ă©tablissement d’une ethnie humaine et c’est une excellente chose. Mais le monde politique a des intĂ©rĂŞts contraires puisque les pays « cherchent » Ă rester pays et pousseront les dirigeants aux pires manĹ“uvres, s’il le faut, pour maintenir leur cohĂ©sion. Ă€ nous de nous rapprocher d’une certaine objectivitĂ© et de faire sauter ces barrières qui ont Ă©tĂ© utiles fut un temps, mais plus maintenant.
